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Le
voyage enchanté
«Il fallait rester sérieux... Se souvenir des consignes...
Il a fallu utiliser les outils pour construire les instruments... On a
montré trop de vues sur Mozart... Le film monté est différent
de ce quon a filmé, des images ont été enlevées
ou déplacées... Pas facile de manipuler la caméra,
on tremblait, il faut tout vérifier, reprendre, minuter par rapport
à la musique»
Alain
Rodon,
Professeur
denseignement général
Collège Henri Sellier, Suresnes
Lorsquen
juin 98, lidée est venue de construire un film musical,15 élèves
de sixième de la SEGPA Henri Sellier de Suresnes, Stéphane
Pruède, professeur de musique, et moi-même, sortions dune
année un peu folle. Inscrits pour trois ans dans le projet «dix
mois décole et dopéra» proposé par
léquipe de Danièle Fouache de lOpéra de
Paris, nous avions pu mener de nombreuses activités: visite de lOpéra
et ses ateliers, présence à plusieurs spectacles, participation
à lun dentre eux, exposition des travaux réalisés
et... nous avions rencontré Mozart!
Cette rencontre nous a donné lidée de réaliser
un film musical pendant la deuxième année. En effet, lidée
de sapproprier loutil «caméra vidéo»
trottait déjà dans les têtes.
Les voyages forment la jeunesse
Pourquoi ne pas associer lévolution
de la formation artistique de Mozart lors de ses différents séjours
dans les principales villes dEurope à lévolution
du comportement et donc de la maturité dun élève
de sixième? Ce parallèle avait été perçu
par les élèves de la classe, il ne restait plus quà
trouver la forme. Le thème du film serait donc la mise en perspective
du «voyage» de Mozart du talent au sublime, et du «voyage»
dun enfant de sixième, un peu seul et délaissé,
vers ladolescent mieux intégré dans sa classe.
Par la mise en uvre dun vrai projet de création, nous
souhaitions permettre à nos élèves de découvrir
un autre rapport au travail; par la rencontre avec des comédiens,
leur faire comprendre que le plaisir de la réussite est le fruit
de travail et deffort. En assistant aux répétitions,
ils ont réalisé que le produit final, le spectacle, est le
fruit de plusieurs mois de travail. Nous voulions leur faire éprouver
cette joie de réussir.
Un
outil : la vidéo
Cette technique permet plusieurs prises dune
scène, de couper, de coller des séquences: le film se construit
progressivement. Elle permet dexiger un travail de qualité.
La vidéo restant encore une pratique innovante dans les collèges,
son utilisation a contribué à valoriser le travail des élèves,
à leurs propres yeux, aux yeux des autres élèves et
de leurs parents.
Nous avions un autre souci: leur permettre de lier enseignements pratiques
et théoriques. Nous leur avons proposé des activités
diversifiées: fabrication dinstruments de musique, apprentissage
de chansons, création daffiches, conception du récit,
maniement de la caméra. Ce travail décriture et dexpression
audiovisuelles et artistiques, de communication, a permis à certains
élèves, parfois très en difficulté, de montrer
certaines de leurs capacités dans le maniement de la caméra,
dans lexpression de leur «il» de cinéaste.
Ce projet a permis de développer dans le groupe un comportement collectif,
des liens plus forts et plus respectueux entre eux, entre élèves
et professeurs. Ce groupe, commençant cette année sa formation
professionnelle, est plus dynamique et plus participant, malgré un
certain «dynamisme vocal». Un travail sur limaginaire,
lécoute, le respect: les commentaires des élèves
à lissue du projet semblent montrer que lobjectif a été
atteint.
Alain Rodon
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