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N° 38 - Juin 2000
LE JOURNAL DES TECHNOLOGIES DE L'INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION

Image et son
Le voyage enchanté
«Il fallait rester sérieux... Se souvenir des consignes... Il a fallu utiliser les outils pour construire les instruments... On a montré trop de vues sur Mozart... Le film monté est différent de ce qu’on a filmé, des images ont été enlevées ou déplacées... Pas facile de manipuler la caméra, on tremblait, il faut tout vérifier, reprendre, minuter par rapport à la musique»
Alain Rodon,
Professeur d’enseignement général
Collège Henri Sellier, Suresnes

Lorsqu’en juin 98, l’idée est venue de construire un film musical,15 élèves de sixième de la SEGPA Henri Sellier de Suresnes, Stéphane Pruède, professeur de musique, et moi-même, sortions d’une année un peu folle. Inscrits pour trois ans dans le projet «dix mois d’école et d’opéra» proposé par l’équipe de Danièle Fouache de l’Opéra de Paris, nous avions pu mener de nombreuses activités: visite de l’Opéra et ses ateliers, présence à plusieurs spectacles, participation à l’un d’entre eux, exposition des travaux réalisés et... nous avions rencontré Mozart!
Cette rencontre nous a donné l’idée de réaliser un film musical pendant la deuxième année. En effet, l’idée de s’approprier l’outil «caméra vidéo» trottait déjà dans les têtes.

Les voyages forment la jeunesse

Pourquoi ne pas associer l’évolution de la formation artistique de Mozart lors de ses différents séjours dans les principales villes d’Europe à l’évolution du comportement et donc de la maturité d’un élève de sixième? Ce parallèle avait été perçu par les élèves de la classe, il ne restait plus qu’à trouver la forme. Le thème du film serait donc la mise en perspective du «voyage» de Mozart du talent au sublime, et du «voyage» d’un enfant de sixième, un peu seul et délaissé, vers l’adolescent mieux intégré dans sa classe.
Par la mise en œuvre d’un vrai projet de création, nous souhaitions permettre à nos élèves de découvrir un autre rapport au travail; par la rencontre avec des comédiens, leur faire comprendre que le plaisir de la réussite est le fruit de travail et d’effort. En assistant aux répétitions, ils ont réalisé que le produit final, le spectacle, est le fruit de plusieurs mois de travail. Nous voulions leur faire éprouver cette joie de réussir.

Un outil : la vidéo

Cette technique permet plusieurs prises d’une scène, de couper, de coller des séquences: le film se construit progressivement. Elle permet d’exiger un travail de qualité. La vidéo restant encore une pratique innovante dans les collèges, son utilisation a contribué à valoriser le travail des élèves, à leurs propres yeux, aux yeux des autres élèves et de leurs parents.
Nous avions un autre souci: leur permettre de lier enseignements pratiques et théoriques. Nous leur avons proposé des activités diversifiées: fabrication d’instruments de musique, apprentissage de chansons, création d’affiches, conception du récit, maniement de la caméra. Ce travail d’écriture et d’expression audiovisuelles et artistiques, de communication, a permis à certains élèves, parfois très en difficulté, de montrer certaines de leurs capacités dans le maniement de la caméra, dans l’expression de leur «œil» de cinéaste.
Ce projet a permis de développer dans le groupe un comportement collectif, des liens plus forts et plus respectueux entre eux, entre élèves et professeurs. Ce groupe, commençant cette année sa formation professionnelle, est plus dynamique et plus participant, malgré un certain «dynamisme vocal». Un travail sur l’imaginaire, l’écoute, le respect: les commentaires des élèves à l’issue du projet semblent montrer que l’objectif a été atteint.

Alain Rodon


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