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Propos
Des
logiciels libres, pour quoi faire?
I
l est beaucoup question aujourd'hui de l'utilisation des technologies informatiques
à l'École. Mais la question fondamentale qui paraît se poser - même si certains
jugeront peut-être iconoclaste qu'on se la pose encore, est: pour quoi faire?
Une autre question importante est celle de l'enseignement de l'informatique
en tant que science savante. Au
niveau de l'enseignement secondaire, la tendance actuelle de l'Éducation
nationale en tant qu'institution semble être d'essayer d'accroître l'usage
des technologies d'aide éducative ou d'étendre l'enseignement de la pratique
de certains types de logiciels mais, pour l'essentiel, de renoncer à l'enseignement
de la science informatique - même de ses rudiments les plus fondamentaux.
Or, il y a là des enjeux extrêmement importants, à la fois sur le plan commercial
mais aussi (et encore bien plus) sur le plan de la formation.
On constate aujourd'hui, par exemple, que l'enseignement des sciences est
trop souvent réduit à l'acquisition de recettes de calcul ou de connaissances
stéréotypées qui n'engagent pas vraiment la compréhension de fond des élèves.
Un objectif fondamental de l'enseignement général devrait être de former
des citoyens ayant une maîtrise suffisante des grands principes, pour leur
permettre de développer leur esprit critique, leurs capacités logiques de
raisonnement et d'argumentation. Ceci ne peut se faire que dans le cadre
d'un libre partage consenti des connaissances. C'est ici que les logiciels
libres expriment leur plein potentiel: conçus par une communauté soucieuse
de mettre librement en commun tous les savoirs impliqués dans les technologies
de l'information et de la communication, les logiciels libres peuvent devenir
un atout précieux pour l'éducation. Encore faudrait-il pour cela qu'ils
soient mieux connus et mieux diffusés par l'institution éducative. Loin
du battage médiatique commercial, et pour un coût pratiquement nul pour
le contribuable, les logiciels libres offrent déjà une panoplie d'outils
éducatifs très large. Plus encore, ils mettent l'utilisateur en position
d'acteur sans le cantonner dans une position d'utilisateur passif de programmes
commerciaux tout prêts à l'emploi, souvent truffés de gadgets peu pertinents.
Dans le domaine de la programmation, on a ainsi accès à des environnements
entièrement libres et ouverts, dans des dizaines de langages informatiques
différents, allant des plus simples au plus élaborés. L'Allemagne voisine,
qui manque de programmeurs, tente actuellement d'en importer des pays en
voie de développement. Notre pays, qui va presque à coup sûr connaître bientôt
les mêmes difficultés, ne pourra pas longtemps faire l'économie d'une réflexion
de fond sur l'utilisation et l'enseignement des outils informatiques.
Jean-Pierre
Demailly
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