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N° 44
Novembre 2001
LE JOURNAL DES TECHNOLOGIES DE L'INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION












  Notre Document
Le logiciel libre, des fonds et du fond.
La généralisation de l'usage des ordinateurs dans le système éducatif représente un coût financier qui ne laisse personne indifférent à personne. Diffusion à tous de la connaissance, exception éducative dans la marchandisation des biens informationnels: des principes auxquels les enseignants ne sont pas indifférents. Dans tous les cas, de bonnes raisons pour s'intéresser aux logiciels libres et à leur approche.
Jean-Pierre ARCHAMBAULT CNDP
Mission Veille technologique

P ourquoi acheter cher ce que l'on peut se procurer gratuitement ou à très moindre coût? La question commence à être posée, de plus en plus fréquemment. Et c'est très bien ainsi. Surtout si la qualité est au rendez-vous. Chacun aura reconnu l'un des termes du débat sur les logiciels libres dont on constate qu'ils suscitent un intérêt croissant chez les enseignants.

Une définition

Quelques précisions sémantiques d'abord. Contrairement à l'ambiguïté issue du mot anglais " free ", qui signifie à la fois libre et gratuit, un logiciel libre n'est pas forcément gratuit, même s'il est très souvent proposé à des tarifs nettement moins élevés que son équivalent commercial classique. " Libre " s'oppose ici à " propriétaire ". Lorsque vous achetez un logiciel propriétaire, on vous fournit le code objet et vous n'avez qu'un droit, celui de l'exécuter. Un logiciel libre est fourni, lui, avec son code source, son secret de fabrication. Vous pouvez donc étudier comment il fonctionne. Vous avez la liberté de le modifier, par exemple pour l'adapter à vos besoins, de l'améliorer, de le copier et de le diffuser à qui bon vous semble. A une condition : faire bénéficier les autres de ces mêmes libertés (ces droits et devoirs se traduisent au plan juridique par des licences dont la plus connue est la GPL, General Public License).

Une approche

On voit immédiatement tout l'intérêt qu'il en résulte pour les établissements scolaires, notamment pour leurs enveloppes budgétaires consacrées à l'achat de logiciels. Pour les élèves et les enseignants s'ouvre la perspective de retrouver à la maison, sans problèmes majeurs, leurs environnements de travail. Les logiciels libres contribuent à la baisse des coûts. Ils contribuent aussi à la qualité des produits, de par leur approche qui relève du paradigme de la recherche scientifique : diffusion de la connaissance, validation par les pairs (ici, la correction très efficace des bogues par la communauté des développeurs), liberté de s'approprier le patrimoine commun. D'une manière générale, ils constituent un moyen de régulation de l'industrie informatique et vont à l'encontre de la tendance à la constitution de monopoles dans le domaine de l'informatique grand public.

Dans l'Éducation nationale

En octobre 1998, le Ministère de l'Education nationale signe avec l'Association francophone des utilisateurs de Linux et des logiciels libres (AFUL) un accord-cadre indiquant que les logiciels libres constituent une solution alternative pour les établissements scolaires dans une perspective de pluralisme technologique. En janvier 2001, le ministre de la Fonction publique souligne que " le développement coopératif, qui est le propre des logiciels libres, la transparence et la mutualisation, qui sont à la base de leur création, sont des valeurs que nous partageons ". La Mission veille technologique du CNDP développe des actions diversifiées sur le sujet avec, en toute circonstance, la préoccupation première d'informer le plus largement possible les enseignants, les établissements et les académies, de les aider à se faire une opinion et à anticiper les évolutions pour faciliter des choix ultérieurs.

Des solutions à base de logiciels libres se mettent en place. La plus connue à ce jour est l'architecture SLIS (Serveur de communication Linux pour l'Internet Scolaire), déployée par l'académie de Grenoble pour la mise en réseau et l'accès à Internet de l'ensemble des lycées, collèges et écoles.

Des enseignants responsables des parcs informatiques de leur établissement en viennent à Linux, lassés qu'ils sont par les " plantages à répétition ", ou " les fichiers élèves effacés par les copains ", ... La qualité des systèmes employés conditionne la gestion des ordinateurs. Si la télémaintenance et la mécanisation des tâches, la protection contre les agressions internes ou externes, intentionnelles ou accidentelles, la régénération des stations sont facilitées, si le système utilisé est fiable et stable, c'est autant de temps gagné pour l'évolution normale des configurations et l'aide de nature pédagogique à apporter aux enseignants de l'établissement. Il y a là des promesses à examiner avec soin ; elles ne signifient évidemment pas que l'on pourrait se passer de l'action de personnels compétents et formés à l'administration des parcs informatiques.
Si l'offre est d'ores et déjà mature pour les systèmes d'exploitation et les serveurs, elle ne l'est pas encore totalement pour le poste client et le poste autonome :
- logiciels pédagogiques en nombre insuffisant, d'où un travail du CNDP de recensement et de documentation des produits existants, et la co-édition d'une DémoLinux éducative (1),
- pas assez de solutions clés en main, d'où la préconisation de machines en double amorçage,
- environnement de sociétés de services qui doit se densifier,
- nécessité d'organiser des formations à l'intention des personnels de l'Education nationale, comme cela c'est fait pour les environnements informatiques commerciaux depuis une vingtaine d'années.

Des enjeux de fond aussi

Chacun s'accorde à dire que l'on doit former les élèves à des notions et non à des recettes. Cet impératif suppose la diversité des produits et des situations. Il faut les habituer au pluralisme technologique. Pour les enseignements spécifiques d'informatique, il est plus que difficile de faire comprendre l'intelligence et le fonctionnement des systèmes si l'on n'a pas accès au code source. Le dépôt de brevet sur le logiciel menace le logiciel libre. En effet, les recherches en contrefaçons mal intentionnées sont grandement facilitées dès lors que le code source est disponible. Aux Etats-Unis, des méthodes pédagogiques sont brevetées sous prétexte qu'elles sont informatisées. En ces temps où certains rêvent d'inclure l'éducation dans la sphère des services marchands, on peut parler de combat commun du logiciel libre et du service public d'éducation.

(1) D'une manière générale la DémoLinux est un produit qui a été conçu et développé par Roberto Di Cosmo et ses étudiants de l'ENS Ulm, afin de faciliter la découverte de Linux sans avoir à l'installer (voir par ailleurs dans le numéro)


Jean-Pierre ARCHAMBAULT

Code source et code objet

Soit dans un programme, l'instruction conditionnelle suivante, écrite dans un langage évolué : " Si x=5 alors x<-x+4 "
Cette ligne de code source est parfaitement compréhensible : on effectue un test sur le contenu de la variable informatique " x ", puis, selon le résultat de cette opération de test, on procède ou non à l'affectation d'une nouvelle valeur à la variable " x ".
Pour pouvoir être exécutée par un ordinateur, une telle instruction doit être ensuite compilée. Elle prend alors la forme d'une suite de 0 et de 1 (1110010100010…). Cette ligne de code objet, compréhensible par la machine, est en revanche fortement incompréhensible pour un humain (l'opération de décompilation est longue et complexe).


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